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Chapitre 11 : Raciste, mais avec modération

Maintenant, abordons un autre point que je vois rarement évoqué dans les livres ou les articles parlant du racisme. On nous demande : êtes-vous raciste ou non ? Comme si cette question ne supportait pas de nuances. On nous demande de répondre à une généralisation. À cette question, toute personne quelque peu réfléchie, devrait répondre : ça dépend.

En effet, compte tenu que nous n’avons pas tous vécu la même expérience, que nous ne l’avons pas intégrée de la même façon, que nous généralisons plus ou moins, et que nous ressentons les sentiments de façon plus ou moins forte, on peut penser qu’il existe une multitude de racismes, des formes individuelles de racisme, et qui plus est des formes changeantes dans le temps.

Et c’est cela qu’il faut étudier, ce qu’aucun sondage ne peut faire apparaître comme information, car la matière est ici difficilement pêchable à l’aide de questions fermées.

D’abord, l’objet de notre ressentiment peut être varié : les plus fréquemment cités par nos

contemporains sont les arabes (souvent confondus à tort avec les musulmans), les juifs et les noirs. On nage déjà en pleine bêtise, car tous les musulmans, tous les arabes, tous les noirs, tous les juifs, ne se ressemblent pas et nous sommes encore dans des propos trop généraux.

Si nous redescendons au niveau du concret, en engageant par exemple des discussions avec des amis, on s’aperçoit vite que nous sommes presque tous plus ou moins racistes. Mais différemment.

Malgré mon aversion pour toute classification, je vais en tenter une.

Il y a tout d’abord le raciste intégral, le raciste 100 % pur jus. Celui-ci se caractérise par le fait qu’il répond aux sondages qu’il est raciste ; non seulement il ne s’en cache pas, mais il en est fier. Il est raciste envers tous les peuples, qu’il rejette en bloc. Il l’est à la fois dans les idées, les opinions tranchées et aussi au niveau plus concret de ses comportements envers les autres peuples qu’il côtoie. Sur le plan des concepts, il dit défendre les valeurs occidentales et refuser que d’autres valeurs prennent de l’importance dans notre beau pays. Il est évident pour lui que certains peuples sont moins intelligents, moins évolués que nous, et qu’il existe des races supérieures. Dans sa vie quotidienne, il évite

soigneusement de fréquenter toute personne qui ne soit pas de son milieu, de sa race comme il dit, car pour lui ce terme ne pose aucun problème. Il n’aime pas aller dans les lieux, dans les quartiers, les restaurants… fréquentés par les étrangers, les immigrés dit-il, même quand il s’agit de Français de troisième génération. Pour lui, le faciès est déterminant, c’est pourquoi parfois il se laisse avoir quand les étrangers en question ont la même tête que lui, certains juifs par exemple qu’il ne reconnaît pas. Et, bien sûr, encore moins que tout, il n’est pas question que sa fille ou son fils se marie avec un de ces étrangers et ne lui ramène son mari à la maison dit-il, comme on dit d’un chien galeux.

Heureusement ce genre de racistes est extrêmement rare, car les plus racistes d’entre nous ont le plus souvent leurs limites : ou bien ils se limitent à ne pas aimer un certain peuple, ou bien ils acceptent certains rapports avec les étrangers, tant qu’ils ne sont pas trop intimes…

Ensuite, il y le raciste en parole, le raciste de la Carte. Celui qui dit l’être et qui ne l’est pas tant que ça. Il y a longtemps, un sondage a été réalisé aux États-Unis demandant aux hôteliers s’ils accepteraient de recevoir un couple mixte américain et chinois ; 80 % ont répondu :

« Surtout pas ». Puis, le même chercheur a réellement envoyé des couples mixtes prendre des chambres chez les mêmes hôteliers et 80 % d’entre eux les ont reçus sans difficulté. À l’époque le racisme était plutôt la norme. Bien que le racisme de nos jours soit un costume qui se porte assez mal, ces gens-là existent. Ils prônent un racisme intellectuel, assez théorique, et par faiblesse, ou simplement par manque d’occasion, ne mettent pas leurs idées en application. Or, pour l’analyste relationnel, il est évident que ce qu’on fait doit toujours dominer ce que l’on dit.

Mais le plus grand nombre de nos contemporains se situe ailleurs entre les deux extrêmes : ce sont les non racistes en parole mais racistes en actes. Ceux qui disent ne pas faire de différence entre les cultures et les peuples, et qui, bien qu’ils en aient l’occasion, ne sortent jamais, ne s’associent jamais, ne s’approchent jamais, de ces mêmes personnes qu’ils disent apprécier.

 

Extrait 1 L'analyse relationnelle appliquée au racisme
Extrait 2 Racisme est un mot de l'antidictionnaire
Extrait 3 Les quatre piliers de la thèse centrale
Extrait 4 Raciste, mais avec modération
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