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Donc, il est encore possible de rétablir la confiance et de créer une
nouvelle visite médicale, essentiellement informative, sans tricherie,
qui peut vendre tout autant que la visite actuelle.
Mais ce n'est pas facile. Et c'est l'avis aujourd'hui de la plupart des
cadres de laboratoires qui disent : " Il faut maintenant créer des
critères qualitatifs pour juger de la visite médicale ". Seulement,
le hic est que, si tout le monde sait parfaitement ce qu'est le quantitatif
: nombre de visiteurs, nombre de contacts, investissements en promotion…
il n'y a pas grand' monde pour nous décrire ce que pourrait être une visite,
une communication qualitative.
Comme nous l'a dit un patron : " La qualité c'est comme le talent et
le talent c'est comme la beauté, c'est reconnaissable quand on la voit
et c'est très difficile à définir. On ne peut pas la définir parce qu'on
ne peut pas la quantifier. Ca restera toujours subjectif. " Pas tout
à fait : il est aussi possible de définir concrètement le qualitatif,
donc de le mesurer, et donc de l'augmenter dans les communications d'entreprise.
Mais, pour cela, il faut opérer dans son propre esprit une vraie révolution
culturelle, et penser à l'aide de nouveaux concepts et outils issus de
sciences peu connues, et encore moins utilisées dans les entreprises pharmaceutiques.
Quand on demande à un responsable ce qu'il entend par visite médicale
ou communication qualitative, on n'obtient que des propos abstraits et
généraux aucunement descriptifs d'une quelconque action concrète.
Le qualitatif ne fait tout simplement pas partie de notre culture ; on
sait qu'il existe mais qu'il ne se laisse pas décrire. Personne ne l'a
jamais vu, c'est un fantôme au regard de notre philosophie et de notre
langage. Mais ce n'est pas parce que nous n'avons pas les mots pour le
décrire, que l'on doit l'ignorer et le reléguer dans la catégorie des
miracles, des mirages. Le quantitatif c'est le " plus ou moins
" alors que la qualitatif c'est le " plus ou moins bien ".
Tout d'abord il faut bien comprendre que le qualitatif n'est pas le contraire
du quantitatif, il est d'une autre nature. Pour reprendre la classification
de Palo Alto, le quantitatif appartient au contenu (on peut dire plus
ou moins), le qualitatif appartient à la relation, où l'on dit plus ou
moins bien.
" L'on devient de plus en plus conscient, même dans les sciences "dures",
du fait que la quantité n'est qu'un aspect de la qualité" Ce qui peut
encore se dire autrement : le quantitatif est l'affaire du marketing,
alors que le qualitatif est l'affaire des visiteurs médicaux. Qu'on le
considère ou qu'on l'ignore, le qualitatif est toujours présent dans chaque
interaction avec nos interlocuteurs, et c'est du qualitatif que dépend
le plus ou moins grand succès de nos actions.
C'est pourquoi nous avons toujours observé que ce n'est pas dans l'argumentaire
que se distinguent les bons et les moins bons visiteurs, mais dans la
façon dont ils construisent leurs rapports avec leurs médecins. Ceci n'est
pas nouveau, cela existe depuis que l'on observe un certain embouteillage
dans les cabinets de médecins.
En 1992 , nous écrivions déjà : " Pour nous, ils est clair que la vente
des médicaments s'inscrira demain dans un schéma non-quantitatif, que
nous appelons ici " schéma cyclique ". Ce nouveau système ne connaîtra
pas l'opposition quantitatif/qualitatif. La visite médicale de demain,
la communication du médicament de demain, sera qualitativement quantitative.
" Il est certain que le passage du quantitatif au qualitatif n'est pas
simple, voire même impossible tant que l'on n'a pas réussi à piéger le
qualitatif au sein d'une grille de lecture et de jugement assez objective
pour être acceptée de l'ensemble des actants de l'entreprise.
" Il est plus simple de produire du " toujours plus " que du " toujours
mieux ". Alors que le changement quantitatif relève de solutions matérielles,
la changement qualitatif lui, relève du culturel qui résulte de nouveaux
modes d'interactions . " Ce qui veut dire en clair que pour modifier
les critères du quantitatif, il suffit de régler quelques robinets sans
changer aucune de nos croyances, alors que pour construire sur du qualitatif,
il faut abandonner notre tuyauterie actuelle et changer de paysage mental.
C'est une grande affaire et c'est un assez grand changement pour que l'on
puisse craindre qu'une grande partie des troupes ne saute pas la barrière.
Trois écoles étudient le fonctionnement de nos interactions en cherchant
à modéliser les réussites et les échecs (l'Ecole de Palo Alto), en nous
apprenant à raisonner autrement à partir de faits concrets et non plus
de jugements abstraits (La Sémantique Générale), ou à considérer tout
problème dans son ensemble et non plus, de façon partielle, point par
point (la systémique…). On a déjà vu les principaux savoir-faire qu'il
faut acquérir pour devenir un visiteur de confiance et un visiteur inspirant
la confiance c'est déjà un visiteur appliquant les leviers du qualitatif.
En fait, deux axiomes de base permettent de créer du qualitatif et ils
appartiennent tous deux aux sciences que nous avons évoquées à l'instant.
Nous y consacrerons plus loin deux chapitres.
Premier axiome : le qualitatif privilégie le relationnel sur le contenu,
privilégie donc le visiteur et le médecin sur le médicament, privilégie
en même temps le visiteur sur sa hiérarchie, et c'est plus gênant.
Deuxième axiome : le qualitatif privilégie l'individu sur le groupe. On
dit : " Le médecin X ce jour… " et non plus " Les médecins…
" Alors, comment faire pour appliquer le qualitatif à la visite médicale
? Malheureusement ce n'est pas aussi simple que cela, car le qualitatif
ne peut se développer que dans un contexte où les cadres responsables
raisonnent déjà de cette façon-là. Ou du moins à défaut de pouvoir guider
le changement, il est primordial que l'encadrement des visiteurs médicaux
reste neutre, en position d'observateurs.
Autant dire qu'aujourd'hui, il est peu de structures capables de développer
un authentique quali. En effet, comme c'est souvent le cas pour de vraies
innovations, faire travailler de façon qualitative les visiteurs médicaux
sans avoir pris, au préalable, la précaution de changer les " cartes mentales
" de l'encadrement serait aller au casse-pipe, et rapidement on verrait
les innovations se fondre au sein des anciennes structures et croyances,
puis disparaître.
Donnons juste un exemple, plusieurs fois vécu, pour faire comprendre le
mécanisme d'action. Nous avons souvent réussi à faire admettre aux labos
l'inutilité de la plupart des aides visuelles (dites ADV) dans le cadre
d'une visite de type interactive et dialoguée. Les résultats des ventes
étaient bons. Que se passe-t-il alors ? Pendant quelques mois tout va
bien, puis un cadre du marketing, des ventes ou de la direction générale
est soudain assailli par une idée géniale : si les ventes sont bonnes,
malgré l'absence d'aides visuelles, alors si on ajoute une ADV, elles
seront encore meilleures.
On voit ici le piège du quanti se refermer sur l'innovation : l'idée de
base, fausse bien sûr, est que plus on en dit, plus ça marche. Ce que
les termes malgré et ajouter signifient bien. Quand le décideur continue
à penser en terme de quanti, il juge le quali avec les critères du quanti.
Cela ne peut fonctionner. Or, dans ce cas, le raisonnement est totalement
faux, car l'efficacité de l'aide visuelle ne peut se faire sentir que
dans le cadre d'une visite classique, monologuée, ou le visiteur montre,
démontre et assène des arguments. La visite d'hier, quoi !
Nous en revenons à l'idée de base que la grande mutation doit se faire
d'abord dans les esprits, ou au minimum dans l'esprit d'un dirigeant,
car seules des personnes parfaitement au fait des techniques de communications
qualitatives et capables de procéder à une analyse relationnelle de l'entreprise
avec ses clients, pourront, à terme, créer des structures opérationnelles
basées sur des raisonnements de type qualitatif.
Nous disons cela avec d'autant plus d'assurance que nous avons rencontré,
au cours de nos entretiens, des cadres et des dirigeants sur le point
de franchir la frontière et ayant déjà un pied dans le monde du quali.
Mais, bien sûr et il faut toujours y revenir : pour réussir une bonne
visite quali, le premier ingrédient est une absence d'ingrédient. Il faut
abandonner le souci incessant et effréné de toujours vouloir faire plus,
il faut " lever le pied ".
Ca tombe bien : c'est ce que le Gouvernement veut imposer aux labos.
Pour aller du quanti vers le quali, il faut emprunter deux grandes voies
et travailler aux deux niveaux à la fois : celui du CONTENU des communications,
et celui des ACTIONS relationnelles. La voie du contenu est celle qui
aboutira à des discours de visiteurs et de labos totalement différents.
La Charte semble amorcer un changement irréversible et aller vers la suppression
de tout argumentaire commercial, de tout discours laudatif pour les produits
et de tout commentaire péjoratif pour les concurrents. L'argumentaire
des visiteurs, demain, se rapprochera de plus en plus des mentions légales
du produit. On peut dire, presque sans exagération qu'un labo parlera
de son médicament dans les mêmes termes que ses propres concurrents. Pour
chaque produit, il y aura une version légale, unique, définie comme objective
: la vérité intangible du produit. Et nul ne pourra en dévier.
Que pourront faire les laboratoires, une fois privés d'une de leurs meilleures
ressources : celles consistant à présenter sous le meilleur jour leurs
médicaments ? Comment pourront-il encore se différencier de la concurrence
? Quel intérêt auront-ils encore à entretenir des armées de visiteurs
médicaux, alors qu'une équipe de visiteurs fonctionnarisés feraient aussi
bien le travail ? Voire l'envoi de Cd Rom ! Pour créer un contenu mieux
mémorisé et mieux compris des médecins, la recette est simple : il faut
parler aux médecins leur propre langage. Il est possible, tout en respectant
la Charte et en ne diffusant que le discours officiel accepté par la loi,
d'envelopper ce message à l'intérieur d'une forme linguistique appartenant
aux médecins.
Un ancien président du milieu de l'automobile, Iacocca, écrivait, en
1985, dans un livre intitulé modestement : Ian IACOCCA : " Il est important
de parler le même langage que ceux à qui l'on s'adresse. Quand on y parvient,
ils songeront : " Il a exprimé exactement ce que je pensais. " (p.
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Cela n'est pas difficile à mettre en œuvre si l'on veut bien se donner
la peine d'effectuer deux recherches :
Premièrement recueillir le langage des médecins concernant la pathologie
du médicament en question, sur les médicaments de cette pathologie.
Deuxièmement, introduire la présentation du médicament à l'intérieur du
langage des médecins, en reliant les termes scientifiques aux expériences
concrètes des médecins. On remarque que ce deuxième travail prend en compte
l'inversion des flux de la communication, puisque le " message
" du labo est ultérieur à l'analyse du langage des médecins. Le langage
du médicament, pour réussir, doit se faufiler, se glisser, à l'intérieur
du langage des médecins déjà présent dans leurs esprits. Si le médecin,
en écoutant la description du médicament, peut entrevoir l'image de malades
concrets de sa clientèle, il se sentira concerné par ce produit, et il
aura plus de chances d'être convaincu et tenté de le prescrire .
Le deuxième axe de changement est la voie du relationnel, la voie royale.
Tant que les laboratoires pharmaceutiques restent incapables de concevoir
leur promotion autrement que par des arguments allant du labo vers le
médecin, rien ne pourra changer et les autorités gagneront sur tous les
tableaux à coup de chartes, de décrets et de sanctions. Il faut, demain,
aller du médecin vers le médicament.
Ecouter le médecin, observer sa prescription, l'informer des éléments
qu'il ne connaît pas, ne pas le forcer à prescrire, respecter ses opinions
et son expérience des médicaments… Autant d'actions tellement simples
que la plupart des visiteurs et des cadres sont à ce jour incapables de
les mener à bien. La pensée qualitative est celle du relationnel régnant
à la place des arguments. "Qu'on le veuille ou non, il faut abandonner
les aspects quantitatifs pour en revenir aux aspects qualitatifs, le reste
(c'est-à-dire l'efficacité) découle de surcroît . "
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