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La grande mutation de l'industrie pharmaceutique (Extraits du livre paru en avril 2006) |
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Extrait
1 : Introduction à la charte de la visite médicale
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Juste quelques remarques préliminaires. La Charte a été cosignée par le syndicat des laboratoires et le CEPS,
qui est un organisme d'Etat à visée financière. C'est-à-dire que l'on
peut penser que la Charte de la visite médicale a été écrite, avant tout,
pour répondre au problème du coût de la santé, donc du " trou " de la
Sécu. Dire que le trou de la Sécu est créé par les malades est une thèse insoutenable, mais nous la soutenons tout de même. Car, nous avons du mal à comprendre que les français (et les autres) sont prêts à dépenser des sommes folles pour des vacances au ski ou aux Maldives, ou encore pour dîner dans de bons restaurants ou s'acheter de beaux habits et chaussures… mais refusent et trouvent scandaleux de devoir dépenser le moindre centime pour s'acheter des médicaments, c'est-à-dire pour sauvegarder leur santé qu'ils déclarent dans tous les sondages, comme le premier de leur souci et de leur droit. Mais le vrai problème des laboratoires n'est pas là : il consiste dans l'idée qu'il est immoral de faire de l'argent avec la maladie. Et que, jusqu'à présent, aucun patron de laboratoire n'a osé affirmer en public (pour autant que l'on sache) qu'il était fier de son travail et que les bénéfices sont une garantie pour les malades : garantie de voir de nouveaux médicaments les soigner voire les guérir, garantie de qualité de soins. On le sait, et ils le reconnaissent eux-mêmes : les dirigeants des laboratoires ne savent pas communiquer avec le public ; ils ne savent que se défendre - et mal - des attaques pernicieuses émanant d'intellectuels utopistes. Que l'on touche au moindre cheveu de syndicaliste et voici trains et métros en cale sèche, que l'on touche aux prérogatives des motards et les voici pétaradant sur les routes… mais que l'on accuse labos et médecins de tous les maux, voire même d'être des assassins, personne ne bronche, personne ne manifeste. Ce comportement trop défensif des laboratoires donne raison à leurs détracteurs et les encouragent à la surenchère. Quand il s'agit de la santé, tous ces intervenants sont paralysés par la mauvaise conscience. Nous pensons que si problème il y a, outre celui d'une authentique maladie qui s'appelle : vouloir sans cesse se soigner, il est à chercher dans les relations malsaines entre les laboratoires et les médecins. Où l'on voit des partenaires, concrètement solidaires dans les objectifs et solidaires dans les brimades, se déchirer et se critiquer mutuellement au lieu de coopérer. Nous avons deux groupes de partenaires qui ne peuvent se passer l'un de l'autre, mais qui se trouvent séparés par des visions de la réalité complètement différentes et par là même, au mieux ils s'ignorent, au pire ils se combattent. Les laboratoires, dans la plupart de leurs actions, ne pensent guère aux médecins autrement que comme une masse indifférenciée de personnes susceptibles de les aider à réussir une promotion. Quant aux médecins, légitimement préoccupés de la relation avec leurs malades, ils se moquent éperdument des laboratoires, indifférence teintée de mépris vis-à-vis de ceux qui sont toujours prêts à les inciter financièrement à prescrire plus. Et, à moins d'une révolution culturelle, nous ne voyons rien poindre à l'horizon. Si l'on veut que cet état de fait change, il faut et peut-être qu'il suffit, qu'un des partenaires change totalement sa façon d'être avec l'autre. On ne peut guère demander cet effort aux médecins qui ont plus important à faire ; c'est donc aux labos qu'il incombe de changer la relation en se changeant eux-mêmes.
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