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La grande mutation de l'industrie pharmaceutique (Extraits du livre paru en avril 2006) |
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Extrait
4: Du médecin vers le laboratoire et non l'inverse
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La communication de demain, qui perdra les leviers classiques de l'argumentation
laudative : " Mon produit est meilleur que tel autre… ", devra
chercher ailleurs de nouveaux leviers de prescription. Ces leviers existent
et doivent se chercher dans la confiance et le respect des médecins pour
les nouveaux visiteurs. Les laboratoires vont devoir rapidement retourner le sens du long fleuve
tranquille de la communication en partant des médecins pour aller vers
le médicament et non l'inverse. Il va falloir partir du point de vue des
clients, des médecins d'abord, et, par une meilleure connaissance de ceux-ci,
individuellement, par une meilleure compréhension de leur façon de penser
et de se comporter, apprendre à introduire le médicament au sein de leur
vision, de ce qu'on appelle leur " carte mentale", vision dans
laquelle le médicament est présent, certes, mais jamais au centre de leurs
préoccupations. Nous reviendrons sur le problème du ciblage plus loin. Aujourd'hui, le courant le plus fort va du laboratoire vers le médecin. Les laboratoires, par l'intermédiaire des concepteurs en chambre du marketing et par les gros bras des ventes, véhiculent aux médecins ce qu'ils appellent des messages marketing, des arguments de vente, et se désintéressent à peu près totalement de la suite des évènements. C'est-à-dire du plus important : quel effet ont eu ces arguments chez les médecins, chez chaque médecin, comment les ont-ils mémorisés, compris ; sont-ils d'accord avec cette communication, et en quoi cela a-t-il eu une influence sur la prescription ? Inverser l'ordre du courant principal, c'est partir des médecins, ou mieux encore du système médecins/malades, mettre en place des méthodes d'observations permanentes (observatoires, baromètres qualitatifs), analyser en temps réel les évolutions, et répondre par des communications interactives aux désirs et questions des médecins. Partir du médecin pour revenir aux médecins, et non plus partir des labos pour revenir aux labos comme aujourd'hui. Bien sûr, c'est une ré-volution, mais ce n'est finalement rien d'autre que les fondamentaux du marketing, tel qu'il est décrit dans les livres initiateurs. La plupart des entreprises innovantes ont déjà fait ce parcours, mais pas dans l'industrie pharmaceutique. Un inconvénient majeur de cette inversion radicale du flux d'information, est que cela donne de l'importance, non seulement aux médecins, mais aussi aux visiteurs médicaux, qui deviennent les vecteurs porteurs de cette masse colossale d'informations. En effet, écouter le terrain, c'est écouter à la fois les médecins, un à un, et les délégués, un à un également. Mais, il ne suffit pas d'écouter, il faut aussi entendre ce qui se dit,
l'analyser et en tirer des conséquences concrètes. Déjà, dans notre dossier
sur la relation entre les laboratoires et les médecins (1999), un chef
de ventes nous disait : " Je crois qu'il faut donner entière responsabilité
et beaucoup de prérogative aux gens qui sont vraiment en contact avec
la clientèle donc ce ne sont pas les gens qui sont enfermés dans leur
tour d'ivoire au siège qui sont à même de réfléchir sur la meilleure stratégie
ou la meilleure communication produit, je crois qu'il faudrait carrément
succurcaliser la visite médicale avec de réels patrons de région qui sont
en contact avec la clientèle." (99) Il arrive parfois que les dirigeants
eux-mêmes se plaignent du gouffre béant séparant le siège et les fantassins
: " Il y a de plus en plus une cassure entre les gens de siège et les
visiteurs médicaux, parce que les visiteurs médicaux prennent de plus
en plus d'autonomie et donc de responsabilité dans l'acte de vente et
que ça met les responsables du marketing en porte à faux. " Tout bon délégué est un délégué qui dialogue avec son médecin, et il sait que les arguments du siège ne sont pas valables pour tous les médecins, il sait qu'il lui faut s'adapter pour ne pas perdre la considération, la confiance même, des médecins. S'adapter, donc dans certaines entreprises ayant érigé la discipline en dogme, c'est désobéir. Le poids de la hiérarchie est du domaine de la relation, et il n'est pas sain de contester toute forme de hiérarchie. Mais l'erreur commise en France (et sûrement aussi ailleurs) est de confonde encore une fois contenu et relation. Le hiérarchique domine la relation, mais cela ne veut en aucun cas dire qu'il est supérieur à ses collaborateurs sur le plan du contenu. L'idéologie dominante dans nos entreprises voudrait que le hiérarchique soit meilleur en tout que son collaborateur, par exemple que le régional soit un meilleur visiteur médical que les visiteurs qu'il doit manager. Nous avons la faiblesse de penser au contraire que le bon hiérarchique
est celui qui a l'art de s'entourer de personnes plus compétentes que
lui sur tous les points concernant leur travail, et que, par conséquent
il n'a pas compétence pour évaluer leur travail. Nous avons rencontré
des entreprises qui fonctionnent très bien avec ce genre d'idées pour
le plus grand bien de leurs résultats. Dans l'industrie pharmaceutique,
on n'a rien vu de tel. Donc cette fameuse cassure entre le siège et le
terrain, parfois béante dans certaines structures, est la création pure
des sièges eux-mêmes et des procédures mises en place. Alors qu'en allant du médecin vers le siège par l'intermédiaire des visiteurs,
devenus des informateurs de leur entreprise, le laboratoire prend possession
d'une bonne connaissance de ses clients et peut commencer à pratiquer
ce qu'on appelle le management des connaissances, en rendant publiques
les informations remontées par les délégués. Mais, résoudre la cassure siège/terrain, - la fracture sociale disait
l'autre - nous ramène au problème du changement de culture, et fait partie
des étapes à franchir pour passer du raisonnement quanti aux raisonnements
quali. |