Chapitre quatrième :
NOTRE PROGRAMME

Un maître peut vous montrer la voie, mais c'est à vous de vous engager sur le chemin. (Bouddha)

Il est bien délicat, quand on n'est pas une entreprise de démolition, d'écrire un livre pour dire que la quasi-totalité de nos pensées et croyances n'ont presque aucune signification. Et, que faire à partir de ce constat ?

Il est clair que nous n'avons pas de solutions toutes faites, juste un sac à dos bien rempli pour commencer à cheminer. Notre méthode est un savoir-faire, pas un Evangile.

Je ne délivre pas de message, je laisse ça aux facteurs. (Jacques Brel dans Le livre du souvenir)

Proposer à nos contemporains de construire autrement leurs croyances, de créer un monde mental différent et de raisonner comme des sages orientaux constituerait une terrible Utopie. Et tenter de matérialiser une Utopie est souvent plus dangereux que le mal qu'elle prétend éradiquer. Refuser l'immobilisme ambiant ne nous autorise pas pour autant à tomber dans la science fiction.

Et pourtant, si chacun de nous acceptait de pratiquer les trois axiomes que nous proposons ici, ne serait-ce que pour modifier quelques actes quotidiens aussi inoffensifs que se brosser les dents, se promener au bord de la mer, ou encore entrer dans un restaurant et commander son menu, la communication entre les individus changerait rapidement, d'abord au niveau du concret, puis au niveau de l'abstrait. A force de se comporter différemment, nous finissons par voir les autres et le monde différemment aussi.

Notre politique est celle des petits pas ; nous obéissons en cela au proverbe chinois qui dit que " le voyage de mille lis commence par un premier pas ". Une civilisation peut être considérée comme un écheveau complexe d’actions et de pensées, de réflexes et de croyances, certaines personnelles d’autres partagées par le plus grand nombre et il n’est pas la moindre action ni la moindre croyance qui ne soit en apparence justifiée, justifiée essentiellement par la présence des autres. Il serait donc bien maladroit de nous attaquer d’emblée au coeur même de cet ensemble : le noyau des croyances.

Nous sommes devant un problème ardu qui ressemble à une pelote de laine, complètement emmêlée.

Nous sommes à l’aube d’accomplir simultanément trois grands travaux : apprendre à nous changer, apprendre à changer les autres et apprendre à changer les systèmes sociaux.

Nous ne croyons pas aux changements sociaux qui ne soient accompagnés en même temps de changements individuels, dans la façon même dont les gens considèrent les autres, leur monde, et ce qu'on a l'habitude d'appeler "le sens de la vie". On pourrait réhabiliter la notion de progrès en le définissant comme une "meilleure maîtrise de soi-même et de son environnement".

Les Orientaux nous mettent souvent, dans leurs textes, devant un paradoxe : tout part des individus et tout revient aux individus, et pourtant l'individu en tant que tel, isolé de ses semblables n'existe pas, n'a aucun pouvoir, aucune possibilité de changement.

Les changements sont cycliques et non linéaires : d'abord changeons les individus, ou tout au moins une poignée suffisamment grande d'individus, puis la société changera, et alors, d'autres individus se mettront à changer, et ainsi de suite... Nous venons au passage de tordre le cou au vieux dualisme : individu/société.

Nous constituons une Ecole de pensée informelle ; nombreuses sont les personnes à travers le monde, savants, enseignants, entrepreneurs, écrivains, créatifs divers, qui sont proches de cette nouvelle façon de penser. Dans un livre collectif de l'Ecole de Palo Alto, ces gens sont appelés "le collège invisible".

Il est temps de mettre en commun nos compétences. Les années 68 nous ont appris l'importance des minorités agissantes et il faut être bien naïf pour croire encore que c'est la majorité qui dirige une société.

Notre programme est simple. Rassembler les personnes qui sont prêtes à appliquer les axiomes de la "nouvelle pensée", leur apprendre (et apprendre d'eux) les techniques du changement. Changer les relations interindividuelles, aussi bien dans la vie familiale que professionnelle ou sociale. Pour cela, étudier comment se sont formés chez nos contemporains, les opinions et croyances les plus pernicieuses, telles que les opinions "tabous" sur la politique, les sectes, l'éducation des enfants, le couple, l'entreprise, l'image du bonheur et de la justice... Observer comment se créent et perdurent ce que nous appelons nos "problèmes de société", les regarder avec nos jumelles et en donner notre version.

Appliquer nos axiomes et principes à quelques systèmes sociaux simples, c'est en même temps traquer partout où ils se cachent les faux raisonnements, les croyances "limitantes". C'est en même temps faire des propositions pour de nouveaux fonctionnements, de nouvelles relations, donc de nouvelles "sociétés".

Ami lecteur, nous ne sommes pas encore en surnombre pour ce long travail.

Nous avons besoin de toi.

 

Extrait 1 On ne peut pas ne pas manipuler
Extrait 2 Or, nous sommes déjà manipulés
Extrait 3 Donc, apprenons à manipuler
Extrait 4 NOTRE PROGRAMME