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LES LOUPS

 

II. EN PARLANT DU LOUP

Méfie-toi de ton père, méfie-toi de ta mère.,
méfie-toi de toi…
Le Bon Dieu c'est autre chose
mais, méfie-toi quand même,
on ne sait jamais!
PAYS DE CAUX

Mauvais témoins pour les hommes
sont les yeux et les oreilles,
quand les âmes sont barbares.
NIETZSCHE

En Occident, contes, proverbes et locutions se sont multipliés contre le loup.
Colportés par des matérialistes forcenés ci, des dévots exaltés, plus les mensonges sont énormes, mieux ils se portent. Les menteries se faufilent, s'infiltrent, gagnant du terrain et engendrant la rumeur que les esprits crédules vont avaler toute crue.

Chez nous, le loup a tout faux.

Le loup et les proverbes

Ne nous faisons pas d'illusions, nos bons vieux proverbes ne sont guère favorables aux loups. Il faut bien nous rendre à l'évidence, légendes, mythes, contes de veillées et autres maximes prétendument sentencieuses et moralisatrices ne sont, pour la plupart, qu'un ramassis d'idioties à l'encontre du Canis Lupus.

Prenons, tels qu'ils surgissent de notre mémoire, quelques proverbes, parmi des dizaines d'autres tout aussi erronés ou haineux, enfantés au cours des siècles passés par l'ignorance et les superstitions.

Ainsi : En parlant du loup, on en voit la queue.

Ce proverbe, qui signifie que l'on est. surpris par une personne, alors précisément qu'elle fait le sujet d'une conversation a pour nous une toute autre résonance, bien plus ancienne que celle de son sens actuel, bien plus réelle aussi. Pourquoi ne dit-on pas par exemple, "Quand on parle du loup on en voit la gueule? Ou les crocs, les oreilles ?" La réponse est simple, on voit peu et rarement un loup de face. Dès qu'il se sent aperçu par l'homme, l'animal prend peur et tourne les talons afin de s'éloigner au plus vite de celui dont il a tout à redouter .En effet, alors, on ne voit plus que l'appendice caudal de la bête effrayante !

la faim fait sortir le loup du bois.

Eh oui, le loup, casanier, attaché à son territoire, n'éprouve guère l'envie d'en sortir, si la faim ne l'y pousse pas. Sa famille, son clan, son habitat lui suffisent amplement tant que son existence se déroule normalement. La famine et les chasseurs sont les maux qui le font s'aventurer hors des limites qu'il s'est lui-même assignées

Jamais charogne n'a empoisonné loup .

On ne peut être plus explicite dans le dédain et la méchanceté gratuite. Pauvre loup dont le sort inéluctable est de se contenter du pire déchet.

Il n'y a pas de méchant lièvre ni de petit loup.

Voilà, le lièvre s'attrape sans risque aucun, tant il est couard, quant au loup, il est toujours bon de le détruire, qu'il soit petit ou grand. Ce proverbe est particulièrement cruel, puisqu'il prône sans détours le massacre des louveteaux bien innocents, eux. Notons qu'antan on nommait louvart ou louvard, les petits loups, terme qui, d'une manière très péjorative, s'est transformé en loubard pour désigner un jeune voyou.

Jamais loup n'a vu son père.

Un mensonge encore, auquel il faut tordre le coup. C'est archi-faux, le loup est un bon, très bon père. Et les louveteaux voient et connaissent leur géniteur. Faut-il voir là, une jalousie maladive de l'homme envers le loup, au point qu'il lui attribue ses propres défauts?

Le loup mourra dans sa peau.

Et ne pourra changer le cours de sa destinée d'éternel proscrit. Voué aux gémonies, le loup, associé au Mal absolu sous toutes ses formes, sera la victime idéale de toutes les hypocrites bonnes consciences.

II n'en demande pas tant...
L'antienne se poursuit avec ces locutions :

Donner une brebis à garder au loup.

Comme il jouit d'une réputation peu enviable, on se méfie du loup. Ainsi on ne confiera personne ou quoi que ce soit à quelqu'un qui pourrait abuser de la situation ainsi créée.

Danser le branle du loup.

Signifie s'enfuir à bride abattue, aussi terrorisé que le loup devant le chasseur.

Marcher à pas de loup.

Non, vraiment le loup ne désire pas se faire remarquer. Pour faire comme lui, il faut donc avancer à pas feutrés.

Le loup guérisseur

C'est bien à son corps défendant qu'il l'est devenu... L'homme n'a guère sollicité son avis sur la question. Tué, découpé, réduit, broyé, pilé; le loup entre dans des quantités de potions magiques et autres recettes médicales peu conventionnelles. Tiens donc ! Le Grand Méchant peut guérir! Cela non plus ne doit pas être du goût de l'Eglise, et pourtant... Pourtant Dame Hildegarde de Bingen, lui attribue des pouvoirs curatifs. Née en 1098 en Hesse rhénane, elle fonda son premier monastère vers 1136 où elle assura la maîtrise des Bénédictines. Plus connue sous le nom de Sainte Hildegarde, elle mourut en 1179 laissant derrière elle, une œuvre écrite abondante. Haute figure spirituelle du XIIe siècle, la Sainte, réformatrice et mystique comme le dominicain, Maître Eckhart, ou Dürer, le peintre tourmenté, avait quelques relents de soufre...

Voici ce qu'elle écrit sur le loup dans cette œuvre majeure qui s'intitule "Le livre des subtilités des créatures divines".

Ch. XIX : LE LOUP (De lupo) "Le loup est tout à fait chaud, et il a un peu des caractères des esprits aériens et des mœurs du lion. Et les esprits aériens se plaisent en compagnie de sa nature et l'accompagnent. Le loup attaque toujours l'homme et le mettrait volontiers en pièces, s 'il le pouvait, même quand il n'a pas faim ; mais, grâce à sa nature de lion, il connaît et comprend l'homme et le flaire de loin"...

"Si on souffre de la goutte, on prendra, en poids égaux, des feuilles de cassis de consoude; on les pilera dans un mortier et on leur ajoutera de la graisse de loup , en quantité légèrement supérieure; on en fera un onguent dont on se frictionnera les points douloureux ; puis, le deuxième ou le troisième jour , on se mettra dans un bain chaud et on évacuera la goutte par transpiration. "...

"Et si quelqu'un, à cause de maladies qui s 'en prennent à sa tête, entre fureur et devient frénétique, il faut lui raser le crâne, puis faire cuire un loup dans de l'eau, après avoir enlevé la peau et les viscères; laver alors la tête du furieux a l'eau de cuisson, en obstruant les yeux, les oreilles et la bouche avec des linges, pour que l'eau n 'y entre pas: car si ce liquide entre dans son corps, sa folie augmente comme si c'était du poison; répéter cela pendant trois jours et même si la folie est forte il retrouvera ses esprits."

"Si dans une maison, se trouve une peau, des poils ou des os de loup, les hommes s'y battent facilement et les esprits aériens s'y promènent volontiers à cause de sa nature mauvaise"...

On remarquera que, pour pratiquer ces soins, il faut un loup plus que mort... La sainte femme n'y va pas de mainmorte, même si entre deux mauvais brouets, elle affirme au passage que le loup "connaît comprend l'homme". Convenir de ces facultés supérieures au simple instinct témoigne d'une certaine hardiesse à une époque où l'on ne pouvait impunément souffler mot de l'âme et de l'esprit des animaux.

Mais on a beau lui concéder une âme, celle-ci n'est pas forcément exemplaire et, si par malheur le loup se fait capturer, il est accommodé bien d'autres sauces.

A preuve ces très anciennes prescriptions :
- Si on plonge un loup en vie, dans de l'huile en ébullition, on attendra que la chair se sépare des os et on obtiendra alors un remède souverain pour la goutte.
- Ingurgiter des mamelles de louves, facilite l'enfantement en éliminant les douleurs.
- L'œil droit du loup, bien salé auparavant, doit être ficelé au bras et porté sur soi le plus longtemps possible afin de guérir des mauvaises fièvres.
- Les crottes de loup, font passer les maux de dents. Il faut pour cela, avaler les excréments mélangés à du miel. On prendra grand soin de collecter ces crottes avant qu'elles ne touchent terre (!). Si on en frotte 1es brebis, elles ne seront pas dévorées.

C' est le loutier, sorcier de bas acabit, malfaisant gibier de potence, qui confectionnait tout spécialement les philtres et décoctions à base de foie de loup. Voici quelques échantillons de son singulier savoir-faire :
- Le foie de loup, après avoir été séché, réduit en fine poudre et mélangé à du vin, calme la toux. Grillé, encore réduit en poudre et mêlé, cette fois-ci, à de l'eau, le foie est bénéfique contre les morsures, piqûres venimeuses et même les tumeurs malignes. Il est tout aussi efficace contre la phtisie et l'hydropisie.
- Le fiel doit être brouillé avec des graines de concombres sauvages. Si on l'applique sur le nombril, il soigne et évince la constipation. Du vin ; coupé de fiel, guérit la toux.
- Pour les thaumaturges rien n'était à négliger, mais leurs explications restaient obscures. Dans la recette qui suit, qui donc devait ingérer la moelle? L'homme ou la femme?
- La moelle épinière aidera un mari berné, à faire cesser définitivement les écarts de conduite de son épouse.
- Il faut s'emparer de la moelle de la patte gauche d'un loup, la mélanger à de l'ambre gris et aussi à de la poudre de Chypre. La potion ainsi préparée devra être flairée par la personne sur laquelle on a des intentions amoureuses. Si on prend soin de faire cela souventes fois, celle-ci tombera sous votre dépendance.
- Le cœur, quant à lui, peut guérir de l'épilepsie mais, pour ce faire, il faut l'arracher d'un loup vivant et le brasser avec les cœurs de trois corbeaux. Enfin le cœur rend courageux mais irascible et querelleur.
- Les intestins séchés sont tout à fait capables de faire passer les pires coliques et les vents qui en résultent.

Les dents de loup qu'affectionnent les aventuriers à l'instar de celles d'ours ou de requins, protègent les enfants des peurs nocturnes et évitent bien des désagréments aux somnambules et aux déments soumis aux influences de la lune. Jusqu'au XVIII siècles, la mode parisienne voulait que l'on fasse porter aux bébés des canines de loup, serties dans des hochets d'argent. On était convaincu qu'elles aidaient beaucoup à la percée des dents.

Et tant d'autres préparations, mixtures, liniments à base de têtes, de peaux, etc. qui remplissaient les pharmacopées de l'Antiquité jusqu'à la fin du XIX siècles et figurent encore de nos jours dans les grimoires et manuels qu'utilisent charlatans et honnêtes sorciers.

Paradoxal, que l'on attribue aux diverses parties du corps du loup, banni, détesté, de si merveilleux pouvoirs...

En Aquitaine, une légende s'était répandue dans les environs de Mauvezin. Elle rappelait qu'un prêtre-loup célébrait une messe une fois l'an devant une assemblée de loups fort pieux.

Cette cérémonie sulfureuse était l'occasion rêvée pour les sorciers qui voulaient se procurer la queue d'un loup et, en particulier, la queue du loup officiant. Celle-ci était réputée pour ses vertus curatives, à condition de la manger crue, avec ses poils, sa peau et ses os. On croyait fermement que seul cet appendice, employé judicieusement aux portes de la mort, pouvait vaincre la Camarde.

Alors, le loup ? Bon médecin ?

Le loup et l'Eglise. L'Eglise n'apporte plus de spiritualité à l'homme moderne. Son appareil ecclésial et institutionnel s'est vendu aux Etats, oubliant au passage, l'épanouissement de ses paroissiens. Ne sachant à qui ou à quoi confier leur âme, désorientés, perdus, les ci-devant fidèles d'aujourd'hui se sont livrés pieds et poings liés à l'Evangile selon St-Marx.

Antan, les bons croyants, ardents militants, pensaient se libérer quelque peu du poids de leurs écrasants fardeaux de vieilles terreurs, en apostrophant les loups de la sorte:
Que le bon Saint Georges te ferme la gorge...
Que le bon Saint Jean te casse les dents...

Après avoir braillé ces néfastes adjurations, on n'oubliait pas de réciter au lever du soleil, les patenôtres suivantes :
Sainte Agathe, liez-lui les pattes, Saint Remo, serrez-lui les boyaux,
Saint Gesippe, serrez-lui les tripes, Saint Grégoire, serrez-lui la mâchoire,
Saint Loup, tordez-lui le cou!

Difficile de ne pas vivre caché au plus profond des bois pour éviter la mise en œuvre de semblables menaces et malédictions.

En les accusant d'être des mécréants de la pire espèce, les églises chrétiennes ont avili les loups, à défaut de les détruire intégralement, en leur forgeant une détestable renommée. A contre-courant de cette infâme manœuvre, on découvre parfois des témoignages réputés véridiques. Aussi des anecdotes romanesques émanant de saints ou de nobles personnages qui ont en commun de ne pas avoir été en parfaite odeur de sainteté, épisodiquement ou constamment, durant leur existence. Certains ont même exhalé une forte odeur de soufre et n'ont été réhabilités que d'extrême justesse.

Ainsi la filleule de Louis XI, Jeanne Laisne qui allait devenir célèbre sous le nom de Jeanne Hachette, tomba dans une embuscade tendue par le duc de Bourgogne, elle en fut sauvée par les loups...

En 1472, elle se vengea du duc, au siège de Beauvais. Charles le Téméraire, lui, périt devant Nancy et fut en retour ,justement dévoré par les loups .

Saint Colomban, au terme d'un long voyage, s'arrêta à Luxeuil, où il fonda un monastère au VI siècle, pour s'y retirer. On dit qu'il se fraya un passage au milieu des loups qui étaient très nombreux en cet endroit sauvage. Au lieu de se montrer fort méchants et fort mécréants, ceux-ci se changèrent en dévoués auxiliaires de la Foi.

Au VII siècle, c'est St-Déodat qui arriva dans les Vosges, dévastées par de nombreuses invasions. Il n'y avait âme qui vive en cette contrée. Ce furent les loups qui lui apportèrent, jour après jour, sa pitance.

St-Florent, à la même époque, mais à Strasbourg, apprivoisa les loups qui saccageaient les potagers, conclut un accord avec eux, comme St -François avec le loup de Gubbio et en fit ses gardiens afin de préserver sa retraite.

Vers l'an mil, St-Odon, attaqué dit-on par des renards, aurait été sauvé par des loups.

Mais d'autres saints hommes n'hésitèrent pas à faire accomplir aux loups toutes sortes de besognes.

Saint-Gentius laboura curieusement ses champs. On rapporte qu'aux côtés d'un bœuf, un loup tirait bravement la charrue.

Saint-Malo ayant eu son âne dévoré par des loups, entreprit de convaincre un de ceux-ci pour remplacer le pauvre domestique. Ce que le loup fit pendant bien des années, fort fidèlement.

Saint-Norbert obligea un loup à relâcher et à épargner sa proie, une gentille brebis jeune et appétissante. Pour le punir d'avoir voulu la croquer, il le força à veiller sur elle...

Edifiant n'est-ce pas ?

En dépit de ces charitables exceptions aux tortures et aux tueries, l'Eglise condamne de plus belle l'animal le plus diabolique de la création : le moins enclin, prétend-elle, à la contrition parmi toutes les créatures terrestres. Elle tance, révoque, exclut les esprits faibles ou pervers qui s'évertuent à conduire le loup au repentir et au rachat des fautes commises, ou, sur le point de l'être.

Décidément, malgré ses contradictions, I'Eglise s'en tire toujours à son avantage. Cela d'ailleurs avait bien mal commencé pour les loups avec ce commandement de la Bible :
"Soyez la crainte et l'effroi de tous les animaux de la terre, de tous les oiseaux du ciel". (Genèse IX,2.).

On ne peut que se perdre en conjectures devant le fatras mystificateur élaboré par l'Eglise pour nier l'évidence de l'âme animale. Certains théologiens et philosophes ont voulu restreindre l'intelligence et l'affectivité non-humaines, au simple instinct. En contestant le "droit à l'âme" des animaux, ils ont ouvert la porte à tous les débordements, toutes les violences criminelles. Si l'animal n'est qu'un objet, les pires atrocités deviennent licites, de la vivisection aux combats de coqs armés de lames de rasoir. Les horreurs des arènes romaines ou espagnoles où seul le trépas apporte la délivrance, nous le démontrent encore, hélas.. N'est-il pas significatif de voir le torero revêtu de son habit de lumière, faire le signe de croix avant de pénétrer dans l'amphithéâtre? Ce signe est révélateur de la responsabilité de l'Eglise envers les animaux suppliciés.

Descartes conçut péniblement une théorie absurde qui assimilait les animaux à des machines. Une grande partie du clergé et de la noblesse suivit aveuglément la thèse du nouveau maître à penser et se livra à des pratiques abominables sur les animaux. il ne faut pas oublier que les impitoyables jansénistes, du fond de leur monastère de Port-Royal, furent les ancêtres de nos vivisecteurs.

En assurant que les animaux étaient dépourvus d'âme et n'étaient que des sortes d'automates, Descartes coupa définitivement les ponts entre l'homme occidental et la Nature. L'animal pouvait être livré à la géhenne. S'il faisait preuve d'intelligence ou de sentiments, il ne pouvait s'agir que de satanisme.

On ne compte plus les procès d'animaux intentés par l'Eglise. Procès qui se terminaient toujours par des condamnations aux tourments du feu, de l'écartèlement ou de la pendaison.

C'est une curieuse histoire que celle de Saint-Hubert. Un jour qu'il se livrait à son plaisir favori, la chasse, ce jeune débauché, issu d'une riche famille d'Aquitaine, aurait vu une croix lumineuse, briller sur l'animal qu'il allait tuer. Le choc fut tel que le chasseur féroce se transforma en brebis et se convertit séance tenante.

Cette histoire n'a rien de plus extraordinaire que celles évoquées précédemment. Ce qui à moi me paraît infiniment plus bizarre c'est que les chasseurs aient pris cet individu pour Saint-Patron et implorent sa bénédiction avant les battues!

Trop loup pour être vrai

Diable sait, que ne font point défaut, dans l'imaginaire collectif les références aux loups-garous, lycanthropes et autres créatures fabuleuses.

Je ne dirai pas un traître-mot sur la Bête du Gévaudan qui a inspiré tant de rats de bibliothèque. Rats des villes et non des champs, puisque, comme le dit si bien Ménatory, ils n'ont jamais aventuré leurs fesses en forêt. Laissons à la pseudo-histoire la seule place qu'elle mérite c'est-à-dire aucune. J'adhère totalement pour ma part à la thèse de Gérard Ménatory, la Bête n'a jamais été un loup, point final.

En Alsace, on parle encore dans les campagnes reculées, du gigantesque loup gris qui hantait les environs de Malenheim et égorgeait les voyageurs égarés. Si d'aventure, des rescapés pouvaient conter leur effroyable rencontre, les gens du terroir ne s'étonnaient guère car, autrefois ce pays avait été celui de Nideck, où les hommes s'accouplaient avec des louves donnant ainsi le jour à des loups maudits, des garous...

La France semble avoir regorgé de loups-garous de toutes sortes. Les meneurs de loups étaient des sorciers qui avaient le pouvoir de se changer en loup-garou et de plier à leurs volontés les loups authentiques. En remerciement de leur obéissance, ils cachaient les loups pendant les battues.

Certains hommes, par contre, se retrouvaient loups-garous contre leur volonté, en guise de punition divine. Ainsi Hugues de Camp d'Avesnes, comte de Saint-Pol qu'on appela la Bête Canteraine, fut changé en garou en raison des crimes épouvantables qu'il avait commis.

Au XIIIe siècle apparut dans le florilège médiéval un certain Guillaume de Palerme et le loup-garou.

Victor Hugo immortalisa le Croquemitaine, qui existait bien avant lui dans les traditions populaires. Le Croquemitaine n'était pas un ogre, mais bien un garou d'une extrême voracité.

Des démons (invisibles?) se changent aussi en loups féroces, tels que les Djinns des mythes arabes et sémites qui fréquentent assidûment les déserts, les cimetières et les ruines mystérieuses.

En ce qui concerne les lycanthropes, ce sont des hommes qui auraient la faculté de se transformer en loups à la tombée de la nuit. La médecine du XVIe siècle prétendait que le pelage du loup leur poussait sous la peau, vers l'intérieur du corps. Mais, la lycanthropie est aussi un trouble mental (lupémanie) qui donne à celui qui en est malencontreusement atteint, la certitude qu'il est devenu un loup. Certaines personnes porteuses de cette maladie, marchent à quatre pattes, montrent les dents, hurlent...

Pour en finir avec un garou ou un lycanthrope, un seul remède définitif, une balle d'argent bénie dans une chapelle dédiée à St-Hubert bien entendu!

Le loup et l'amour.

Pour faire diversion et clore ce chapitre, d'une façon nettement plus païenne, j'écoute un ami d'enfance de très ancienne souche occitane, qui conte cette anecdote citée, si je me souviens bien, dans les annales de sa famille.

"On rapporte quelques folies commises par amour telle que celle de Peire Vidal, troubadour de haute naissance, qui, énamouré de la Louve de Pennautier (Loba) se déguisa en loup, se couvrit de peau (peaux ?) de cette bête et se fit donner la chasse par les paysans et les soldats de jourdain de Cabaret mari de la Dame. Il finit cette chasse, blessé, et fut soigné avec tendresse par Loba dans le château du mari'.

Cette historiette familiale, qui me paraît fort crédible, nous fait bien voir qu'il suffisait de se vêtir d'une peau de loup (Mais, qui avait tué? Qui avait dépecé?) pour être pourchassé sans trêve ni pitié et que finalement à l'époque, c'est entre loups qu'on s'entendait le mieux. Dame Louve, Loba, soigna tendrement son amoureux, parce qu'il eut le courage de se déguiser en loup pour l'approcher. Qu'advint-il du troubadour par la suite, nul ne le sait.

Au delà du romantisme de cette aventure, peut-être enjolivée, notons que le loup en fait tous les frais. D'abord, on lui prend sa peau, ce qui n'est pas peu, ensuite on blesse l'homme qui commit le crime de lui ressembler afin de poursuivre sa quête amoureuse.

 

Extrait 1 En parlant du Loup
Extrait 2 EN ARCTIQUE