Accueil

A. Les 9 savoir-faire de la CD

Les premiers savoir-faire que nous apprend la CD sont d’acquérir ces principaux traits de caractère. Toutefois, il ne faudrait pas penser, dès le premier succès, que, ça y est, nous avons changé, ou pire que nous sommes changés. L’exercice doit être permanent, et rien n’est jamais acquis. Ce n’est pas parce que nous avons franchi la barre des deux mètres que nous la franchirons dans vingt ans sans nous exercer. Nous avons appris à l’école, - et ce n’est pas du tout le point de vue de la CD -, que notre personnalité était plus ou moins quelque chose de fixe et d’acquis une fois pour toutes. Pour nous, au contraire, elle est fluctuante en permanence, et change avec nos amis, notre humeur, notre état de santé, notre âge, nos expériences, nos objectifs et bien d’autres choses encore. Elle est comme un cheval fou qui a besoin d’être dressé chaque jour. Les débutants sont parfois ébranlés quand ils constatent à quel point la façon dont ils se voient peu changer en quelques semaines.

La CD est avant tout un ensemble de savoir-faire. Le lecteur attentif notera que nous ne parlons jamais de savoir-être : nous laissons cela à d’autres méthodes de changement. Pour nous, l’être humain est l’ensemble des relations qu’il entretient avec autrui « ici et maintenant » ; apprendre à maîtriser ses relations, c’est donc à la fois apprendre à faire et apprendre à être. Nous renvoyons les fanas de théorie à la bibliographie s’ils souhaitent développer ce point (l’éternel dualisme entre l’être et le paraître), passionnant dans l’abstrait mais sans intérêt pour le changement.

La CD apprend à ses pratiquants, comme le dit si bien Wittgenstein, « à jouer un nouveau jeu qui rend l’ancien caduc ».

La CD peut se comparer à un sport, qui serait alors un art martial, dans lequel, tous les savoir-faire demandent avant tout une grande souplesse relationnelle. Comment mieux assouplir nos muscles relationnels pour avancer plus vite et sans efforts vers nos objectifs ?

D’une façon générale, toute opération de CD, donc toute opération de changement, pour être réussie, doit comporter trois étapes : connaître, analyser, modifier. Les savoir-faire de la CD suivent ces trois étapes et visent à nous donner la maîtrise maximum de chaque opération.

Examinons trois de ces savoir-faire indispensables à tout changement.

1.  Faire parler autrui et la pratique du silence (a suivre)

2.   L’écoute, l’observation et la mémorisation

  Quand on observe nos amis - ou nous-mêmes - au cours d’une discussion animée, on remarque vite qu’une des choses les plus rares est d’écouter l’autre. Observation banale en soi, mais qui devient symptôme grave lorsque notre objectif est de changer la relation. Comment changer une relation que nous ne savons même pas comment la décrire ; ce serait un travail à l’aveugle.

Que peut signifier écouter l’autre ? Certaines méthodes insistent particulièrement sur l’écoute « active », ou l’écoute « empathique ». Tout dépend du but que nous poursuivons. S’il s’agit de mieux connaître l’autre, afin de recueillir les éléments nécessaires à son changement, l’écoute doit être tout simplement attentive. Par là, nous entendons une écoute fidèle qui nous permettra de noter mentalement les mots exacts prononcés par nos partenaires, leurs tics de langage, leurs façons de raisonner, leurs programmations verbales et non verbales. Il ne s’agit pas d’un travail d’amateur, car il faut beaucoup d’entraînement avant d’entendre exactement ce que nous disent les autres, et non plus ce que nous croyons avoir entendu.

Tout savoir-faire portant sur une relation est comme une interface : on peut l’examiner des deux côtés du miroir, par rapport à soi ou par rapport à l’autre. Ainsi, les techniques d ’écoute de l’autre sont en même temps des techniques de maîtrise du silence. Apprendre à relever exactement ce que dit et fait l’autre, c’est en même temps apprendre à se taire. Deux savoir-faire sont ainsi réunis au sein de la même action.

Mais notre culture ne sait pas pratiquer le silence. Des spécialistes de l’interaction verbale, en particulier Catherine Kerbrat-Orecchioni (voir la bibliographie), ont noté que le temps moyen de silence d’un français en cours de conversation était de trois secondes. Ce qui signifie qu’à partir de la quatrième seconde de silence, nous sommes perçus comme quelqu’un de taciturne. Or, celui qui se tait ressent et propage comme une gêne, que chacun s’empresse de gommer... en prenant la parole. Cultivons notre silence en le faisant durer deux secondes de plus que le silence supportable, et communément admis dans notre société.

Le bénéfice immédiat du silence est de renforcer notre calme.

Mais en même temps, la seule pratique du silence amène les autres à parler plus, pour combler le vide et dissiper la gêne.

Faisons parler autrui, donnons-lui l’impression d’être passionnés par ce qu’il dit et de l’approuver entièrement ; il se dévoilera au maximum. Il suffira, de temps à autre, de le relancer, par des mimiques ou des reformulations appropriées, et il repartira pour un nouveau long discours. En bout de course, nous apprendrons beaucoup sur lui, pendant qu’il n’apprendra rien  sur nous, et nous ferons coup  double en cultivant le calme et la sérénité nécessaire à toute opération de changement et de résolution de problème.

Mais, il faut aussi entraîner notre mémoire : il ne s’agit pas seulement d’écouter, mais aussi de retenir les mots, les tournures de phrases, les expressions répétitives...

3.    L’analyse du langage des autres (à suivre...)

4.   Modéliser les interactions (à suivre...)

a)   L’importance de l’interaction (à suivre...)

  Une séquence de communication entre deux personnes, que nous appellerons A et B, est une suite, apparemment linéaire, de propos, de gestes et de mimiques.

Toute interaction peut être définie par analogie avec un jeu, c'est-à-dire comme une succession de "coups" régis par des règles rigoureuses. (P. Watzlawick, Une logique de la communication, p.38)

En CD nous chercherons à maîtriser nos interactions avec autrui.

Dans une séquence quelconque, qu’elle soit une séquence à problème, ou une séquence agréable, la vision classique d’une suite linéaire dans laquelle A et B agissent à tour de rôle, peut être avantageusement remplacée par la vision « orchestrale » de deux personnes agissant en même temps. Chaque partenaire bouge, murmure, fait des grimaces pendant que l’autre s’exprime ; la communication entre eux est ininterrompue. Même le silence est une forme de communication.

Affirmer que le comportement de A provoque le comportement de B, c'est négliger l'effet du comportement de B sur la réaction suivante de A; c'est en fait, déformer la chronologie des faits en choisissant une ponctuation qui met en relief certaines relations tout en voilant d'autres. (P. Watzlawick, Une logique de la communication. P.126)

Dans une conversation entre deux personnes, tout ce qui se passe est vécu en même temps par les deux partenaires qui y réagissent simultanément et différemment.

L’interaction est l’unité que nous étudions. Les protagonistes d’une relation, eux, sont secondaires par rapport à l’interaction elle-même. Les interactions semblent obéir à des règles, connues de tous, bien que souvent non conscientes, des règles universelles, sociales, ou propres au système dans lequel vivent les protagonistes : famille, entreprise, relation personnelle...

Selon que ces règles sont partagées ou non par les partenaires, qu’elles sont plus ou moins respectées, la relation sera vécue par l’un ou l’autre ou les deux, comme normale ou « pathologique ».  Et, dans ce dernier cas, A ou B s’écriera : « j’ai un problème avec ce type ! »

Chaque fois que je demande à mon ami Marcel un service, il trouve le moyen de refuser, sous le prétexte qu’il n’a pas le temps, pas d’argent... Sans le savoir, il désobéit à la règle selon laquelle il est préférable de répondre favorablement à une demande. Quant à moi, j’ai l’impression d’aider souvent mon ami Marcel. Il transgresse donc une autre loi implicite : celle de la réciprocité. Cette règle est parfaitement décrite dans l’ouvrage de R. Cialdini : Influence et manipulation. (Voir bibliographie).

Dans notre schéma, la personnalité intrinsèque des partenaires s’efface devant ce qu’on pourrait appeler par analogie la personnalité de l’interaction. Chaque partenaire doit obéir aux règles de l’interaction, s’il ne veut pas se créer des « problèmes ».

Ainsi, beaucoup de problèmes exprimées par les cédistes débutants en CD sont des problèmes résultant du non respect des règles de la communication interactive. On voit donc immédiatement que la solution consistera à créer une nouvelle relation avec l’autre, de façon à rétablir le respect des règles.

b)  Les six principales stratégies

Une des façons d’analyser correctement l’évolution et le changement est de se référer aux six façons de considérer « ici et maintenant » la relation avec B et que nous allons voir maintenant.

* Dominant - Paix
* Dominant - Guerre
* Egalitaire - Guerre
* Egalitaire - Guerre
* Dominé - Paix
* Dominé - Guerre

Il est assez difficile de prétendre changer quoi que ce soit dans une relation sans changer la modalité de celle-ci. Par exemple, une relation établie sur le mode dominant guerre (le père qui engueule son fils), ne pourra véritablement changer en restant sur ce mode, donc on pourra conseiller au père de passer dans une relation égalitaire paix ou mieux dominé paix.

On remarque que c’est souvent parce que les personnes ne veulent pas changer la nature de la relation qu’ils ont établie avec la personne « à problème », qu’ils en viennent à l’idée de vouloir changer l’autre. A ce moment-là, le raisonnement est la suivant : moi, je suis bien comme cela, c’est lui qui ne veut pas admettre que...

Aussi, en CD, la première caractéristique d’une stratégie de changement est de nous apprendre à passer d’un type de relation à un autre. La plupart des problèmes évoqués entrent facilement dans ces catégories.

Les problèmes posés en termes de résolution de conflits consistent à passer d’une relation de guerre à une relation de paix. Les problèmes où au contraire, il faut gagner les conflits nous font passer de la relation dominant paix à la relation dominant guerre.

Quelle que soit la relation dans laquelle nous nous trouvons, il est toujours possible, du moins théoriquement, de passer dans les cinq autres types de relations. Ces mouvements, quand ils sont étudiés à l’avance et parfaitement conscients peuvent constituer des stratégies ou des stratagèmes.

c)    Les stratégies complexes

  La plupart des changements souhaités par les cédistes, demandent d’élaborer une stratégie complexe. Nous avons déjà vu, quand la distance du changement est trop longue, la nécessité de ponctuer le parcours d’étapes intermédiaires. L’objectif principal est décomposé en objectifs secondaires. La stratégie complexe est ainsi constituée de stratégies plus simples.

Mais il ne faut pas croire que les problèmes les plus graves (ressentis comme tels), ou ceux qui durent depuis longtemps, sont automatiquement ceux qui demandent la stratégie la plus complexe. Ce n’est pas la gravité, toujours subjective, ni l’ancienneté qui fait la difficulté d’un problème de changement, mais l’écart entre deux situations. Si le chemin est long, il faut laisser au temps le temps d’agir.

Les stratégies les plus fortes ressemblent aux mouvements des arts martiaux. Elles utilisent la force et les mouvements de l’adversaire pour le vaincre. Nous appelons ces stratégies les stratégies royales. Elles consistent à se comporter de façon pacifique même si l’on ressent un besoin de combattre, et de façon égalitaire, voire dominé, même si l’on ressent un sentiment de supériorité vis-à-vis de l’autre.

Le but des stratégies, rappelons-le, est de créer des situations nouvelles, qui mettent l’autre devant des choix nouveaux de réponse. Et comme, la plupart du temps, il ne possède pas de réponses spontanées en stock dans ces situations nouvelles, il marque un temps d’arrêt, ce qui sollicite sa créativité.

Si nous reprenons notre phrase fétiche (qui fera prochainement l’objet d’un prochain ouvrage sur les stratégies perdantes) :

Lui : « Chérie, où as-tu mis mes pantoufles ?

Elle : « Je ne suis pas ta bonniche ! »

nous constatons que la réponse fait jouer la réciprocité des  coups. Elle pense que la question du mari est agressive et dominante ; elle répond agressive (guerre) et dominante. Elle répond spontanément, cette réponse existait préalablement, toute prête dans son esprit. Et le mari de répondre à son tour quelque chose comme : « Je vois que tu es encore de mauvaise humeur ce soir. » Ainsi, la soirée est bien mal partie.  Imaginons maintenant que le deuxième coup de l’homme, soit un coup stratégique ; que, par exemple, il aille chercher un CD dont il fait cadeau à sa femme. Sur le moment, elle n’a pas de réponse à cette situation, et ne sait plus si elle doit se fâcher de sa demande de pantoufles ou le remercier de son cadeau. Les deux messages s’annulent et se dénient l’un l’autre. Mais, quelle que soit sa réponse, elle sera différente et nouvelle.

Les stratagèmes sont des coups, verbaux ou non, qui placent la relation dans une situation nouvelle qui empêchent l’autre de réagir comme il en a l’habitude.

5.  Comment poser un problème relationnel en termes concrets ?

  Nous avons jusqu’à présent appris comment poser correctement un problème relationnel, et comment se préparer à le résoudre, en « musclant » nos comportements pour être plus fort.

Nous allons voir maintenant qu’un grand nombre de ce que nous appelons nos « problèmes » sont en fait de faux problèmes, fabriqués par notre esprit. Que nous les avons engendrés nous-mêmes, par nos croyances et opinions, d’autre part par nos façons erronées de raisonner.

Reprenons la définition du mot « problème », telle que nous l’avons donnée en début de ce livre :

« Une difficulté qui se reproduit, et qui se manifeste par un écart douloureux entre ce que nous vivons et ce que nous aimerions vivre ».

Cet écart est une comparaison entre deux visions subjectives : celle du présent et celle d’un futur hypothétique.

Cette formulation est elle-même la source d’un grand nombre de problèmes possibles, posés par la question fondamentale : quelle est le degré de réalité du problème, tel que je le pose ?

Examinons les faux problèmes.

6.  Construire des stratégies de changement

a)   Faux problèmes

  Il existe au moins trois sortes de faux problèmes :

1. Les problèmes dont l’existence vient du fait qu’on se les pose. Ce sont par exemple les problèmes, déjà étudiés, d’utopie. Si je rêve d’avoir trois bras,  me rend malheureux de n’en avoir que deux. De même si je cherche à vivre un  idéal, je m’aperçois que ma vie en est loin.

2. Les problèmes mal posés. Souvent les problèmes n’ont pas de solution parce que la façon de les poser ne se situe pas au niveau d’abstraction correspondant au problème relationnel lui-même. Un problème relationnel doit être posé en termes relationnels. Un problème concret peut avoir une solution concrète, alors qu’un problème abstrait, s’il a une solution, celle-ci se situe, malheureusement, aussi au niveau concret.

3. Les problèmes dont la cause est erronée. Il s’agit par exemple de la tendance fréquente que nous avons de rendre les autres responsables de tout ce qui nous arrive de négatif, alors que nous sommes tout autant responsables de la situation. Par exemple, je suis agacé par le bruit que font les membres de ma famille autour de moi et je casse une tasse de café : c’est de leur faute (s’ils faisaient moins de bruit !) ; le fait que je sois maladroit n’y est pour rien.

b)   Problèmes utopiques

  L’utopique est celui qui vit en fonction d’une vie meilleure et idéale. L’utopique se rend malheureux dès qu’il se met en route vers ses solutions idéales. Les idéaux absolus nous empoisonnent la vie.

Prenons exemple : la santé absolue. Ceux qui la recherchent sont habituellement appelés hypocondriaques. L’hypocondriaque n’est pas un malade imaginaire, mais une personne qui passe son temps à s’examiner, et à comparer ce qu’elle ressent, ce qu’elle voit, à l’idée abstraite d’une santé parfaite. Elle ne parvient jamais à creuser l’écart entre les deux, car l’une appartient au monde du concret (les sensations, les troubles...), l’autre au monde de l’abstrait. Plus on s’examine, plus on trouvera de paramètres pris en défaut. Plus on cherche la « bonne santé », plus on déclenche des maladies par cette recherche même. En effet, le souci, l’anxiété, voire l’angoisse que ressent en permanence l’hypocondriaque, deviendra en soi un malaise assez fort pour être ressenti comme une maladie ; en quoi, l’hypocondriaque finit par avoir raison, puisqu’il ne se sent pas bien. Et alors, il tombe dans un paradoxe bien connu de Palo Alto : je ne me sens pas bien et pourtant les examens ne révèlent rien : donc cela doit être très grave, probablement une maladie nouvelle, encore inconnue de la médecine. Cette utopie fondamentale enrichit l’industrie pharmaceutique.

Nos sociétés qui sont gouvernées et gérées par des individus raisonnant de façon utopique rencontrent le même type de problèmes, à un niveau plus complexe. Quand elles poursuivent par exemple le mythe d’une société sans guerre, sans bagarres, sans racisme, où tout le monde s’aimera en se considérant, conte toute logique, comme l’égal des autres.

Ainsi, nos sociétés, à l’instar de nous-mêmes,  s’embarrassent-elles d’un grand nombre de problèmes complexes que nos hommes politiques sont censés ensuite  résoudre. Nommons pêle-mêle  la recrudescence du Sida, le cholestérol (qui s’est aggravé le jour même où l’OMS) a décidé d’abaisser le taux de normalité, la délinquance des banlieues.... Attention, nous ne disons pas que « tout va bien », ce qui serait une autre dangereuse utopie. Mais, seulement, qu’il ne faut pas confondre l’aggravation réelle de certains maux et l’aggravation du sérieux des commentateurs et des analystes de ces problèmes.

Dans notre vie quotidienne comme dans la vie de la cité, nous pouvons ainsi nous compliquer la vie, simplement en changeant le grossissement de nos microscopes : la tumeur paraît plus grosse quand on tourne la manivelle. C’est ainsi que les grands manipulateurs que sont nos gouvernants réussissent à nous faire croire à l’aggravation de « l’hécatombe sur les routes » au moment même où les accidents ont diminué de façon spectaculaire. Mais ce n’est pas le sujet de ce livre.

Apprenons au moins à ne plus procéder ainsi dans notre vie de tous les jours, en éliminant les problèmes qui existent seulement parce qu’on se les pose. Eliminons une fois pour toutes l’utopie fondamentale selon laquelle on pourra un jour vivre sans maladie et sans problème ; admettons au contraire qu’une certaine dose de souffrance, de maladies, de gêne et de malheur, est parfaitement normale, et existera toujours dans toutes les vies, dans toutes les sociétés, sous toutes les latitudes. Apprenons, non seulement à supporter ces maux, mais encore à les soulager grandement en les traitant par le mépris.

c)   Problèmes mal posés

  Une catégorie de problèmes mal posés a été déjà évoquée plus haut : quand nous pensons changer la relation en changeant, d’abord, ou essentiellement l’autre. Ce défaut est extrêmement fréquent dans la mesure où, devant une difficulté de la vie, nous cherchons d’abord une explication au travers de la personnalité des partenaires de la relation malade. Donc « si ce n’est moi, c’est donc mon frère »

d)   Problèmes explicatifs erronés

Pratiquons la chasse aux explications abusives ; elle est ouverte toute l’année.

Au sens scientifique du terme, on peut dire que l’on a trouvé une explication d’un phénomène lorsqu’on est capable de reproduire à volonté ledit problème en reproduisant l’environnement qui l’a fait naître. Or, l’environnement est un ensemble complexe de faits, d’événements, mais aussi de jugements portés sur ces faits, surtout lorsqu’il s’agit d’un problème humain. Les explications linéaires de causalité simple, ne sont en communication que des pseudo-explications. En effet, en communication, les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Les causes possibles d’un seul phénomène sont assez complexes et enchevêtrées pour qu’on ne puisse pas affirmer les avoir repérées et recensées. En adoptant le raisonnement périmé des rapports de causalité, nous nous livrons entièrement à des mythes.

Sans trop développer dans ce livre destiné aux débutants en CD, racontons deux petites histoires que nous avons vécues récemment, pour illustrer l’un de ces mythes : celui des causes chronologiques. Dans un restaurant (que nous ne nommerons pas),  pour gagner un client de plus, les propriétaires ont placé une petite table tout près d’une marche ; à cette table on ne peut installer que des clients solitaires, et encore, se trouve-t-il plutôt à l’étroit. Un soir, un client, pour détendre ses muscles engourdis par l’exiguïté du lieu,  avait allongé ses jambes de côté. C’est alors qu’un  garçon, portant un gigantesque plateau de fruits de mer, trébucha et renversa la moitié de la commande d’une autre table. Le garçon s’excusa, le client s’excusa à son tour et tout rentra dans l’ordre entre gens civilisés, et après nettoyage. A qui la faute ? Bien sûr le client allongeait ses jambes au milieu de l’allée ; bien sûr, le restaurateur aurait pu se dispenser d’installer une table à cette place trop étriquée ; bien sûr, le garçon aurait où regarder où il mettait les pieds...

Dans un autre restaurant, un couple attendait sa commande. Le plat de Monsieur arrive et, par politesse, il attend que Madame soit servie avant de manger. Longtemps après, le plat de Madame arrive, et Monsieur goûte à son assiette en se plaignant que son plat soit froid. Question ? A qui la faute ? Bien sûr, les serveurs n’ont pas apporté les plats en même temps, comme il se doit dans un restaurant digne de ce nom en France, mais aussi Monsieur s’est cru obligé, de par son éducation, d’attendre que madame soit servie. Le plus curieux, (et c’est ma femme qui me l’a fait remarqué), est que Monsieur avait commandé du carpaccio, qui, je pense, est un plat qui se mange comme la vengeance : froid.

Selon nous, il n’y a pas de réponse correcte à ces questions. Selon nos opinions et croyances, nous attribuerons la faute (donc la cause) de ces incidents, soit au restaurateur (si l’on pense par exemple que ce sont des exploiteurs), soit aux clients, dont l’un sera dit sans-gêne et l’autre peu logique. Soit encore, si l’on a une vue plus « globale» de ces problèmes, nous apercevrons des causes multiples et en chaîne, enchevêtrées sans que l’une de ces causes possibles ne puissent prétendre à la suprématie sur les autres. On peut ainsi remonter dans le temps la chaîne des causes et rendre responsable la mère du client sans qui, finalement, rien ne serait arrivé !

Notre thèse est claire : raisonner ainsi nous empoisonne la vie. Rien ne sert de connaître les responsables d’une situation détestable, quand le problème est d’en sortir. Si nous ne cherchons plus les causes de ce qui nous arrive, nous rencontrerons des réponses, mais des réponses totalement dépendantes de notre façon préalable de poser les questions. La réponse est dans la question.

Alors, tournons-nous vers l’objectif, vers la solution, vers l’avenir.

e)  Quand la solution est le problème : les solutions « logiques »

  Or, et c'est là presque une règle pour les situations humaines, les solutions de bon sens sont celles qui vont le plus à l'encontre du but recherché et sont même parfois les plus destructrices.(P. Watzlawick. Changements... p.175)

Que nous dit là Palo Alto ? Que nous appliquons parfois à la résolution de nos problèmes des solutions qui l’aggravent. Et pourtant, il s’agit de solutions qui nous semblent logiques, comme de chercher le sommeil lorsqu’on est insomniaques.

Ici, nous nous heurtons à une croyance très forte et répandue chez la plupart d’entre nous, selon laquelle les règles de la communication interindividuelle et sociale seraient des règles logiques. Pourquoi le seraient-elles, alors que notre propre langage n’en possède pas ? La logique est un système parfait et parfaitement clos pour parler des x et y, ce que font avec bonheur les logiciens et les mathématiciens. Mais les x et y ou possèdent exactement la personnalité que leurs créateurs leur donnent. Mais ce qui est valable pour les entités mathématiques et logiques, ne l’est plus du tout pour notre voisine ou notre patron. On dit souvent et ce n’est pas seulement une « galipette mentale », que chacun d’entre nous possède sa propre logique. C’est un fait que chacun d’entre nous semble relativement cohérent dans ses comportements, et garde une relative cohérence entre ses croyances, son langage et ses faits et gestes. Mais, il ne s’agit pas là de logique. Nous utilisons ce terme à tort et à travers, on en abuse, car l’on est assez fier de notre héritage cartésien. Disons-le clairement : la recherche de logique dans les faits humains est encore une des vilaines utopies qu’il nous faut bien vite chasser. Cela résoudra du même coup maints problèmes quotidiens.

Prenons un exemple. Quand je rentre chez moi après une rude journée de labeur, selon le stéréotype du travailleur acharné, ma femme, qui a la chance de ne pas travailler, m’accueille, parfois en me montrant sa joie de me retrouver et de passer une agréable soirée avec moi, et parfois, elle continue à regarder la télé, sans me saluer. Je ne trouve pas ce comportement logique, et comme je pense qu’il devrait l’être, me voilà avec un joli problème créé, bien ancré, et sans solution. Puis-je avancer une seule raison pour laquelle ma femme devrait m’accueillir tous les soirs de la même façon ? Certes, au niveau de la recherche explicative, je peux en trouver mille : le film l’intéresse au plus haut point, et le film est un moment unique alors que, moi, je suis un contexte permanent ; elle a mal aux pieds ; elle s’est encore disputée avec sa copine...

Si je quitte le monde des explications, la recherche des causes, pour aller rejoindre le monde concret des solutions, et la recherche des : comment faire ? je m’aperçois que je peux construire mille situations nouvelles pour la dérider. Mais je ne vous les dirai pas.

Les interactions entre les individus semblent obéir, certes, à certaines règles ; mais ces règles ne sont pas dans la nature des choses : elles ont été inventées par les chercheurs eux-mêmes. Et les règles n’ont-elles pas été inventées pour être transgressées ?

Il est certain qu’un grand nombre de solutions sont au bout des chemins qui commencent par une transgression.

Où l’on arrive à l’idée que résoudre un problème relationnel est aussi affaire de créativité. Avis aux rationnels purs qui ont le sérieux handicap de vouloir tout comprendre avant d’agir. Fort heureusement pour lui, la plupart du temps, le rationnel qui ne voit pas les solutions ne voit pas non plus les problèmes. « Les autres ont peut-être des problèmes avec moi, mais moi je n’en ai pas avec eux ». C’est une solution à tous les problèmes ! C’est même ce qu’on appelle l’ultrasolution.

Si l’on croit que les problèmes relationnels peuvent être résolus de façon rationnelle et logique, on va chercher les solutions dans des comportements heurtant de front les manifestations du problème. Je ne peux pas dormir, je me force : ma voisine fait du bruit, je l’engueule ; mon patron me méprise, je cherche à me distinguer ; ma soeur n’arrête pas de me demander de l’argent, je lui dis que c’est fini ; ma fille désobéit, je punis... Les livres sont pleins de ces solutions qui contribuent à renforcer le problème qui devient répétitif, et s’installe.

C’est ce que l’école de Palo Alto veut dire quand elle dit que les tentatives de solution sont le problème : le problème est la solution.

Chaque partenaire tire la corde vers lui pour faire comprendre à l’autre qu’il doit la lâcher, comme ces couples qui passent leur nuit à tirer la couverture sur eux, en accusant l’autre de tout prendre. Le même gâchis se rencontre dans les carrefours où l’on voit chaque automobiliste occuper le dernier millimètre que leur ont laissé les autres automobilistes, en créant ainsi un beau noeud inextricable.

Les problèmes sont souvent comparables à des noeuds. Et quand vous voulez défaire un noeud bien emmêlé, avez-vous l’habitude de tirer sur les extrémités ? Non, bien sûr, alors pourquoi faire ainsi lorsque le noeud s’appelle « mon patron ne me respecte pas » ou « ma femme ne m’aime plus ».

Ce type de situation porte un nom : on dit que les partenaires font « toujours plus de la même chose ». Nous y reviendrons plus tard.

Rappelons seulement ici l’idée encore peu répandue, selon laquelle les solutions d’un problème relationnel entre deux ou plusieurs personnes, doivent se chercher au travers de comportements irrationnels, inhabituels, voire même paradoxaux.

Tous les insomniaques savent bien qu’on ne peut pas se forcer à dormir, et que la meilleure méthode de s’endormir est d’y renoncer, par exemple en se levant pour accomplir une activité quelconque ; le sommeil nous prend alors, en quelque sorte, quand il en a envie. Le sommeil est naturel, et vient interrompre notre activité, justement parce qu’on ne le cherche plus. De même, les sexologues savent fort bien qu’on ne guérit pas l’éjaculation précoce en serrant les mâchoires et en se répétant « Il faut faire durer », mais au contraire en se détachant de l’idée d’une certaine performance à accomplir.

f)   La ponctuation

  Nous en arrivons à une notion fondamentale chez Palo Alto : la ponctuation.

La nature d'une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires. (P. Watzlawick. Une logique de la communication. p.57)

Pour parler de façon simple et naïve : les problèmes de la ponctuation sont les problèmes où l’un (ou les deux) partenaires se pose la question idiote : savoir qui a commencé.

J’accuse ma femme de fainéantise et je suis obligé de faire une foule de boulots à sa place, alors qu’elle ne voit pas pourquoi elle ferait ces choses , puisque je ne lui laisse pas le temps de les faire à son rythme. Les Américains supportent cinq secondes de silence dans une conversation (voir Catherine Kerbrat-Orecchioni), et les Français trois seulement, si bien que les français parlent les premiers quand le silence s’établit dans une conversation. Les Américains se disent : « Quelle impétuosité ces Français, ils ne nous laissent même pas parler » et les français : « Quelle mollesse ces Américains, il faut toujours parler à leur place ».

Quand nous disons : « J’ai tel problème, c’est la faute de l’autre », nous montrons par là, souvent, que notre façon de ponctuer commence par l’autre.

Certes, ce n’est pas intéressant de savoir qui a commencé, ça ne résout en rien le problème qui se pose dans le présent.

Et pourtant, une grand nombre de problèmes entre couples, amis et relations de travail, sont des problèmes de ponctuation. Tout conflit semble avoir un début historique. Il en est de même dans les conflits de société, dans la façon de conter l’histoire. Ainsi, on s’accorde - sans preuve aucune, par convention - à faire débuter la révolution française par la prise de la Bastille, on fait débuter nos conflits par une comportement agressif de l’autre, la plupart du temps. « Tout a commencé le jour où il... » Or, nous l’avons vu en parlant de l’interaction : dans une séquence de communication, les deux partenaires communiquent sans arrêt et en même temps. De plus, nous sommes relativement peu conscients d’un certain nombre de messages non verbaux que nous émettons envers les autres : mimiques de désapprobation, grimaces de dégoût... Aussi comment pousser l’outrecuidance jusqu’à affirmer que jamais, au grand jamais, nous n’avons émis de messages négatifs envers l’autre, avant que celui-ci ne commence les hostilités. « Qu’avez-vous fait concrètement avant qu’il ne vous agresse la première fois ? — Moi, rien ! »

Comment naissent dans la vie quotidienne les problèmes de ponctuation ? Pour éclaircir cela, évoquons une des règles fondamentales de l’interaction. Dans une séquence de communication entre deux partenaires, chacun doit parler à tour de rôle, et parler le même nombre de fois. Ce qui signifie que si A commence la discussion, c’est théoriquement B qui doit la terminer. D’autre part, cette « loi » est accompagnée d’une seconde dite loi de la réciprocité : dans une séquence de communication, tout partenaire a tendance à répondre à l’autre par un coup de même nature. Ce qui signifie qu’à tout coup agressif de A, B répondra de même ; du moins si la relation est symétrique.

Maintenant observons une conversation amicale entre A et B. A un moment donné B perçoit un message agressif de A : pour lui c’est le premier coup agressif qui est joué. Il y répond, on pourrait dire légitimement. A qui n’a pas joué consciemment de coup agressif, ne comprend pas ce qui se passe, sinon que, sans raison apparente, B l’agresse : c’est là que se situe pour lui, le premier coup agressif de B. A partir de là les deux partenaires n’auront de cesse de répondre à l’agressivité  de l’autre. Chaque fois que l’un sera prêt à abandonner la lutte avec le sentiment d’être quitte, l’autre agressera encore une fois. Chacun donnera tort à l’autre de vouloir continuer à se battre, simplement parce qu’il ne verra pas les paires de coups de la même façon. Pour A les coups s’analyseront en commençant par B : B—A—B—A... pour B, en commençant par A : A—B—A—B...

Les problèmes de ponctuation sont les plus difficiles à résoudre ; il y faut souvent l’aide d’un tiers. En effet, pour que ce jeu sans fin s’arrête, il faut et il suffit que l’un des partenaires admette - ou fasse semblant d’admettre - la ponctuation de l’autre. Pour cela, il faut effectuer avant un léger recadrage du type : « Peu importe sa vision, je m’en fiche... »

Les jugements et généralisations abusives dénoncées plus haut dans ce livre démarrent souvent par un malentendu de type ponctuation. B m’agresse « sans raison », c’est alors que j’ai le droit de dire qu’il est agressif. Et la suite des événements ne fait que de me donner raison. C’est ainsi que l’autre me paraîtra agressif, même si tous ses comportements ultérieurs sont emprunts de douceur et de gentillesse. Tout jugement porté sur l’autre tendra à perdurer, même en présence de faits le contredisant. Un stratagème bien connu utilise cette propriété de l’interaction. Comment faites-vous si vous voulez qu’un gros mensonge soit cru de votre entourage ? Vous vous forgez préalablement l’image de quelqu’un qui ne ment pas. Vous dites la vérité de façon ostentatoire plusieurs fois, tout le monde peut le vérifier ; puis, vous mentez. Vous pouvez y aller franchement : tous vos messages ultérieurs seront crus dans la mesure où vous-même serez jugé sincère.

g)  Toujours plus de la même chose

  On voit que souvent, les interactions entre deux personnes au cours d’une séquence de communication ressemblent à une série de coups répétitifs de même nature. On a l’impression que les deux personnages « tournent en rond » comme dans ces dialogues de gosses : « Mais si — Mais non — Mais si... » Chaque personnage persiste dans son attitude envers l’autre ; ils sont pris tous deux dans une relation symétrique où chacun, à tour de rôle tire un peu plus la couverture à soi. Ce type de relations est connu sous l’appellation : « toujours plus de la même chose », ce qui est une façon élégante de dire : sans issue.

Et pourtant, chaque partenaire est hanté par le désir réel d’arrêter ce cercle vicieux qui les fait souffrir tous deux. C’est alors que, brusquement, l’un d’entre eux, a une idée : et si je faisais exactement l’inverse de mes comportements habituels ? Par exemple, ma voisine ne cesse de m’importuner avec ses bruits, et je ne cesse de lui en faire reproche. Je choisis une tactique radicalement opposée : je lui souris quand je la croise dans les escaliers. J’opère par là ce que nous appelons un changement 1, ou changement de premier niveau.

Une des erreurs les plus courantes concernant le changement est de conclure que, si quelque chose est mauvais, son contraire est nécessairement bon.(P. Watzlawick. Changements...p.38)

Mais ça ne marche pas, elle continue à faire du bruit. Faire l’inverse de ce que je faisais précédemment n’est finalement pas un grand changement car j’étais pris, par ma logique aristotélicienne, dans une alternative : ou bien... ou bien... Ou bien la jupe de ma petite amie est longue, ou bien elle est courte. Et toute l’histoire de la mode tient dans quelques dualismes de ce type. C’est ainsi que des générations de parents ne sachant pas quoi faire pour que leurs enfants soient sages, alternent des périodes de tolérance et des périodes de sévérité. C’est un comportement à variété 2 : une alternative. Il s’agit, nous le savons, d’un changement hautement prévisible, un peu comme après la pluie, nous savons que le soleil va se pointer.

Nous appelons également cette situation : plus ça change, plus c’est la même chose.

Adopter un comportement contraire à celui que nous avions l’habitude d’adopter, n’est pas un changement véritable ; ça n’est que l’envers de la même pièce. Les deux comportements opposés font partie du même principe. Choisir entre blanc ou noir exclut la couleur, et pourtant, c’est  la couleur qui effectuera un vrai changement, qu’on appelle changement 2. Le vrai changement ce n’est pas quand ma petite amie change de jupe, mais quand elle n’en met plus.

Ainsi, ER se plaint d’un frère envahissant qui ne cesse de lui demander des services. Parfois, elle lui rend le service demandé tout en spécifiant : c’est la dernière fois ; parfois, elle refuse, et se sent alors fortement culpabilisée, ce qui l’amène la fois suivante à accepter immédiatement de rendre un service plus grand.  Il est probable que le frère en question s’est habitué à ce régime de douche froide et qu’il se dit, en allant voir sa soeur : est-ce que ce sera aujourd’hui un jour avec ou un jour sans ? ER est coincée dans une alternative qui lui donne l’illusion d’un choix. Elle ne sortira de ce dilemme qu’en créant elle-même une nouvelle sorte de relation entre son frère et elle, une relation qu’il n’est pas préparé à vivre. Par exemple, elle lui téléphone pour lui demander de l’argent en dépannage sachant qu’il est toujours fauché, en créant un nouveau type de relation avec lui, elle annule les effets nocifs de la relation habituelle. C’est ce que Wittgenstein appelle : jouer un nouveau jeu qui rend l’ancien caduc.

7.  La variété des comportements

  La CD, est une méthode de changement « systémique », Elle considère toute personne, non pas en soi, avec sa personnalité propre et fixe, mais en interaction avec d’autres individus, et formant avec eux des systèmes relationnels. Une famille est ainsi considérée comme un système relationnel, de même qu’une entreprise, un groupe d’amis...

Si l’on observe le fonctionnement de ces systèmes, nous ne tardons à distinguer des « jeux relationnels » répétitifs. Tout système relationnel possède des invariants, des programmations comportementales itératives. Un système relationnel possède des états, des positions, ainsi que des mouvements-types. Le nombre d’états que peut prendre un système est appelé la variété de celui-ci.

Les experts en thérapie familiale ont remarqué que les familles saines possédaient plus d’états différents que les familles pathologiques.

Les systèmes qui fonctionnent bien disposent apparemment d'une meilleure flexibilité et d'un plus grand répertoire de règles, alors que des systèmes "malades", c'est-à-dire très conflictuels, n'ont qu'un nombre réduit de règles, et elles sont difficilement modifiables. (P. Watzlawick. Les cheveux du baron de Münchausen. P.30)

Nous nous doutons que la personne qui a appris à devenir stratégique possède plus de variété que la personne encore trop rigide. Nous donnons plus loin un exercice qui vous permettra de mesurer la variété de vos relations.

Dans la vie de tous les jours, aussi bien avec nos partenaires qu’avec nous-mêmes, nous possédons une variété faible. Une situation possède une variété 0 quand nous ne savons pas comment réagir ; nous sommes bloqués, sans réponse. La variété 1 se manifeste lorsque, devant une situation particulière, nous ne possédons qu’une seule façon de réagir. La variété 2, est représentée par l’alternative : « Nous faisons ou bien... ou bien... ». Dans les deux cas de figure, nous pouvons être comparés à des robots, juste un peu plus perfectionnés quand la variété est de 2.

La liberté de l’homme dans ses actions commencent à partir du moment où il dispose dans un état ou situation donnés d’au moins trois réponses possibles.

L’avantage est évident. Prenons par exemple cette femme qui, lorsqu’on la siffle dans la rue, ne sait faire qu’une chose en retour : hausser les épaules. Elle en devient hautement prévisible. Il s’agit d’un conditionnement simple : je siffle, elle hausse les épaules. Quelle différence existe-t-il avec les animaux de laboratoires ? Vous connaissez l’histoire du rat qui s’adresse à son voisin de cage en disant : « Je ‘ai bien dressé mon expérimentateur : je lève la patte et il me donne à manger ».

Maintenant, voici une autre de mes amies qui, lorsqu’on la siffle dans la rue, une fois hausse les épaules, une autre fois fait semblant de ne pas entendre, une troisième fois sourit de mépris, une quatrième s’arrête pour voir la tête du siffleur, une cinquième va le souffleter... Pour elle, la vie est plus variée, plus agréable à vivre ; et les siffleurs se méfient car elle leur parait imprévisible. La monotonie de notre vie, comme son nom l’indique : un seul ton, dépend de la variété de nos comportements, laquelle dépend de nous. Ainsi, la CD enseigne que c’est nous-mêmes qui nous faisons la vie monotone ou pas. Nous sommes monotones et faisons notre vie à notre image.

Devant mon amie, quelque peu envahissante qui n’arrête pas de me demander des services, et se plaint quand j’émets la moindre réticence, je n’avais jusqu’à ce jour que deux comportements : ou bien lui rendre service, ou bien refuser. Dans les deux cas, j’étais perdant, dans un cas les services rendus me coûtaient, dans l’autre je souffrais de voir son air malheureux. Maintenant, je continue à réagir ainsi, mais en outre je possède toute une panoplie de « jeux » nouveaux : je lui demande un service en retour dès le lendemain, et si possible un service plus important que celui qu’elle m’a demandé ; je lui demande pourquoi elle fait cette demande, et lui tient un discours fort long et ennuyeux sur l’intérêt de se débrouiller seule ; je réussis parfois à ne pas répondre, ni oui, ni non ; je lui propose un autre service ; je lui donne l’adresse de quelqu’un qui pourra lui rendre ce service ; je refuse tout en lui faisant un cadeau... Et je remarque une tendance nette chez elle à ne plus rien me demander.

Pour ceux qui ont du mal à pratiquer la variété avec leur amis, nous conseillons de s’entraîner dans l’exécution des gestes quotidiens de la vie courante, ceux que l’on accomplit sans y réfléchir, et qui ne présentent aucun danger. Un bon terrain d’entraînement est de modifier nos gestes du matin entre le réveil et le moment où l’on part travailler. La plupart d’entre nous accomplissons tous les matins les mêmes gestes dans le même ordre. Changeons cet ordre, changeons la longueur des actions : déjeunons longuement, douchons-nous  rapidement ; changeons les gestes eux-mêmes : la façon de se laver les dents, de se savonner ; mettons nos vêtements dans un ordre différent... Et allons au bureau en variant les chemins, une fois en auto, une fois à pied, une fois en stop...

Augmenter la variété de nos comportements aura plusieurs avantages. Le premier sera de paraître plus imprévisible aux autres. Nos intimes nous connaissent bien comme nous les connaissons bien ; et bien connaître quelqu’un n’est-ce-pas finalement prévoir ce qu’il fera dans chaque circonstance de la vie ? Plus nous serons imprévisibles, plus nous échapperons aux manipulations de nos semblables. Si, une fois nous sourions, une autre fois nous insultons, une autre encore nous faisons semblant de ne pas entendre... ils hésiteront plus souvent à nous agresser, ne sachant pas ce qui les attend.

Un autre avantage : grâce à la variété, chacune de nos actions est une action différente. En d’autres mots, la variété de nos programmations comportementales diminuera l’emprise de nos généralisations. Pratiquer la variété dans ses comportements augmentera notre attention aux phénomènes concrets, et diminuera donc l’importance que nous accordons à nos croyances, valeurs, et opinions.

En même temps, nous serons plus attentifs aux comportements des autres.  C’est le troisième avantage : augmenter chez nous la tendance à être centré sur les autres.

8. La dissociation, le détachement : le principe de non sincérité

  La dissociation est une technique mentale que nous pratiquons tous naturellement, quand nous participons par exemple à une conversation qui ne nous intéresse pas du tout. Nous répondons en quelque sorte machinalement aux questions qui nous sont posées, en rêvant d’être ailleurs où il fait bon vivre. Dans ce cas, la dissociation est un moyen de s’échapper, mais ça n’est pas une technique utile.

Nous demandons à nos élèves en CD de pratiquer la dissociation, au contraire, dans les  relations intenses, mouvementées, et posant problème.

De quoi s’agit-il ? Ou bien je me vois physiquement dans la relation, ou bien je suis en dehors. Tout le monde sait bien qu’il est plus facile de voir ce qui est en dehors de nous, on appelle cela dans la vie courante « prendre du recul ». On ne voit pas la montagne lorsque l’on est au sommet.

La dissociation pourrait se définir comme une schizophrénie expérimentale et volontaire ; c’est mettre une distance mentale entre soi-même et soi-même. J’ai un rendez-vous qui promet d’être difficile avec mon patron. Je rentre dans son bureau avec mon double, qui va s’asseoir sur la chaise là-bas. Et j’observe, j’analyse, je contrôle, je manoeuvre la réunion, à partir de mon double. C’est lui qui me conseille : de pratiquer le silence, de ne pas généraliser, de ne pas me mettre en colère...

Quand je suis dissocié je me vois en train d’agir ; au balcon, j’observe mon double sur la scène. Cette pratique augmente rapidement mes capacités à rester calme en toutes circonstances ; je me sens moins concerné par ce qui se passe si je suis dissocié.

La CD possède un outil plus intellectuel pour aider ses pratiquants à se dissocier et à abaisser leur taux d’émotivité dans leurs relations : le principe de non sincérité. Sous ce nom provocateur se cache un fabuleux outil permettant de diminuer progressivement en nous l’importance du Moi, de cet ego toujours envahissant. Le principe de non sincérité nous enseigne à ne pas être concernés par ce qui nous arrive. Nous ne sommes pas concernés, ni par ce que nous disons et faisons, ni par ce que l’autre nous dit et nous fait.

Par exemple, quand mon ami Eric m’agresse, je ne pense plus à l’effet en moi de ses paroles, mais à comprendre d’où lui vient cette hargne envers moi. Je pense à lui. Toute manifestation venant de l’autre est une belle occasion d’en apprendre un peu plus sur lui. Ainsi grâce au principe de non-sincérité je peux dire à l’autre : quand tu parles de moi, tu parles de toi.

La dissociation ou le principe de non sincérité ne sont que des outils externes ; je peux les pratiquer par tactique, ou stratégie et continuer à me sentir nerveux et concerné. Mais, à force de pratiquer le calme, on finit par le ressentir. Comme le dit Pascal : pour croire, il faut d’abord se mettre à genoux. En bout de course, après quelques mois, ou années d’exercices, nous en arrivons au but : le détachement, c’est-à-dire au sentiment intérieur de ne plus être concerné.

Extrait 1 Un problème c'est quoi ? La nature de nos "problèmes
Extrait 2 Les critères qui favorisent le changement
Extrait 3 Les 9 savoir-faire des personnes qui savent changer